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Lokua Kanza
© D.R.

Portrait de: Lokua Kanza

"A 13 ans, j'ai vu un concert de Miriam Makeba et c'est ce soir là que j'ai décidé de devenir chanteur", se rappelle Lokua Kanza. Un père congolais issu de l'ethnie guerrière mongo, férue de polyphonies, une mère originaire des montagnes du Rwanda, pays réputé pour le raffinement de sa musique de cour, Lokua Kanza est sensibilisé dès son plus jeune âge à la beauté des mélodies.

 


Né en 1958 dans l'est de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) à Bukavu, le jeune métis noir apprend à chanter dès l'âge de huit ans dans les chorales des églises avant de s'adonner à la guitare dans des groupes de rumba zaïroise. A l'adolescence, perfectionniste jusqu'au bout des ongles, il entre au Conservatoire de Kinshasa pour étudier le solfège et l'harmonie. Une formation solide qui permet à ce fanatique de Bach d'intégrer à 19 ans l'orchestre du ballet national, puis celui de la Reine Abeti, star zaïroise des années 70-80 disparue en 1994. Parallèlement, entre deux cours de guitare classique, le jeune galopin, poussé par une irrésistible envie de découvrir les rythmes qui font vibrer les nuits de la capitale zaïroise, fait le "ngembo" (le mur) afin d'entrevoir gratuitement les artistes qu'il admire. La rumba de Franco, l'afrobeat de Fela, le funk de James Brown sans oublier la musique traditionnelle chantée par les anciens dans les veillées ou les fêtes, Lokua l'insatiable écoute, décortique et analyse tout ce qui lui passe entre les oreilles. Au cinéma de son oncle, il se découvre même un faible pour la musique des mélos indiens. Musicien exceptionnellement doué, il joue, outre la guitare, de la sanza, des claviers, des percussions, des flûtes, chante et arrange.

 


Fort de cette formation traditionnelle, populaire et classique, celui que l'on surnomme "le brésilien" à Kinshasa, décide de quitter son pays natal pour la Côte d'Ivoire, avant de rejoindre la France. Arrivé à Paris en 1984, après un détour par une école de jazz (le C.I.M. créé par Pierre Cullaz), le chanteur guitariste congolais prend ses marques auprès de ses aînés africains, à commencer par Ray Lema, qui l'introduit dans les milieux de la "world" parisienne. Ensemble, ils parcourent les scènes d'Europe jusqu'en 1988 et réalisent l'album Bwana Zoulou Gang. S'ensuit une longue période truffée de collaborations avec Sixun, Papa Wemba (album Le voyageur), Claude Nougaro, et enfin, Manu Dibango, "qui lui donne la chance de chanter seul". Tout en écrivant pour les uns et les autres, Lokua se constitue peu à peu son propre répertoire.

 


Enfin, en octobre 1992, le chanteur à la voix d'or entame sa carrière solo sur la scène de l'Olympia en première partie d'Angélique Kidjo. Il est entouré pour l'occasion de ses fidèles acolytes, la chanteuse sénégalaise Julia Sarr et le percussionniste Didi Ekukuan, son propre frère. Malgré un accueil un peu tiède des maisons de disques, le bluesman zaïrois à la voix cristalline persévère et s'enferme seul la nuit dans un petit studio parisien prêté par un ami. Il s'agit de Vincent Bruley, le compositeur d'"Etienne, Etienne" succès éclair de la chanteuse Guesh Patti. Après deux mois d'enregistrement intensif, l'artiste refait surface avec Lokua Kanza, premier album éponyme co-produit par Dominique Misslin (La Générale) et Isabelle Lemann (Agence Salammbô), qui se voit décerner "le prix du meilleur album africain" en 1994 aux African Music Awards.

 


En parvenant à marier harmonieusement les traditions de ses origines aux sonorités occidentales, Lokua Kanza, avec sa voix d'une magique limpidité, son sens aigu de l'harmonie, de l'ambiance et de l'espace, marque un tournant décisif dans la conception des musiques africaines. Si la critique musicale est sous le choc, les artistes se l'arrachent. Le zaïrois assure les premières parties de Jean-Louis Aubert, Youssou N'Dour, Patrick Bruel et produit dans les studios de Peter Gabriel des séances pour ses amis Papa Wemba et Geoffrey Oryema. Car cet artisan du métissage ne se contente pas d'être l'un des artistes les plus doués et les plus enthousiasmants de sa génération, il est aussi un producteur-arrangeur exigeant et recherché.

 


En dépit d'une signature avec une major (BMG), Lokua Kanza s'arrange pour garder le contrôle artistique de ses futures productions. En octobre 1995, il passe avec Wapi Yo le cap du deuxième opus en beauté. Ce petit bijou contient notamment le tube planétaire "Shadow Dancer" ou encore le hit "Sallé". Après une nomination dans la catégorie "Révélation masculine de l'année" aux 11èmes Victoires de la Musique et une tournée internationale (Sénégal, Côte d'Ivoire, Espagne, Allemagne, Italie, Suisse… ), Lokua fait une pause le temps de composer et de produire avec Jean-Claude Petit la B.O. du film de Denis Amar Saraka Bô. En 1998, sa troisième pierre précieuse, la bien-nommée 3, ne connaît malheureusement pas le succès des précédentes.

Printemps de Bourges, Festival des Musiques Métisses à Angoulême, Zénith de Lille pour les 20 ans de l'Orchestre National (orchestre symphonique dirigé par Jean-Claude Casadesus), Francofolies de La Rochelle, Heineken Festival au Brésil, "Vive la World" à New York et à Los Angeles… partout où Lokua Kanza se produit, le public est conquis. Après trois années de retrait, Lokua Kanza, une fois de plus producteur exclusif, convie sur son quatrième album, Toyebi Té (2002), le rappeur Passi, l'excellent guitariste Sylvain Luc, ainsi que les cordes vaporeuses du Bulgarian Symphony Orchestra, sans oublier un chœur composé de ses quatre enfants. Comme à chaque fois, Lokua le guérisseur musical égrène des chansons douces-amères et parvient à réaliser son rêve d'une "musique capable de toucher les êtres en dehors de toute considération de race, d'origine culturelle, religieuse ou sociale".

 

Après quelques années d'absence, il revient en 2010 avec N'kolo, un album envoûtant qui met en relief le talent de Lokua Kanza tout en dévoilant ses multiples influences.



Jérôme Sandlarz




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